Le livre, la valeur refuge

Derrière ce titre volontairement racoleur se cache une réalité… Les libraires dans les pays occidentaux sont en train de se réduire à peau de chagrin. La vente de livre papier a tendance se stabiliser vers le bas. Les bibliothèques restent pourtant des lieux vivants qui ont su s'adapter en se renouvelant et en proposant des nouveaux services. Contre le GAFA, la résistance des petites libraires et la renaissance des bibliothèques sont en train de repousser la peur et les cris de Cassandre qui nous annonce la fin de l'ère du livre. Et bien nous pensons que c'est le contraire.

Les ennemis du livre

Le livre papier a tous les ennemis qui peuvent lui prendre du temps. On pense évidemment à tous les écrans. Les experts nous parlent des réseaux sociaux, du web, des jeux Vidéos, mais finalement, ils ne sont pas plus chronophages que la télévision. Le principal ennemi des livres, c'est l’éducation.
Il suffit de demander à un lecteur régulier et vous aurez 90% de réponse signifiant l'importance des livres dès l'enfance. Il est plus rare de voir des adultes se mettre à lire spontanément quitte à devenir  lecteurs réguliers.
Aujourd'hui, l’Éducation Nationale semble plus en proie au scientisme qu'aux poètes et aux libertaires. Les enfants sont soumis à la rentabilité. Aujourd'hui, les enfants doivent apprendre à coder avant même de savoir lire. On les prépare déjà à être de la chair à entreprise. Ce qui est amusant, c'est que les professionnels s'amusent de savoir que dans 20 ans le code aura tellement changé que l’apprentissage du code aussi jeune est purement politique. Ne soyons pas bégueule, on exagère, mais l’ère des tablettes est un crime contre les livres. On parlera des livres numériques, mais c'est comme voir la Pietà sur Wikipédia et la voir en vrai. La réalité, le papier, son odeur, son bruit, le poids…

Le vrai ennemi du livre, c'est qu'il n'est plus un automatisme. Il y a des maisons sans livre, des foyers sans histoire et des enfants dont on laisse mourir l'imagination.
Les ennemis du livre, c'est l’absence de transmission. On ne parle même pas des classiques et des grands écrivains, mais rien qu'un Harry Potter a engendré des milliers lecteurs réguliers… On pourrait canoniser J. K. Rowling dans l’Église de Gutenberg. Malheureusement, qu'a-t-on fait du petit Harry, de Tolkien ou de Games of Thrones? Des films et des séries. L'image vole et empêche l'imagination et donc l'imaginaire. L'ennemi du livre, c'est le temps: de ceux qui nous le volent, de celui qu'on perd et de tout celui qu'on ne sait plus s'offrir. S’asseoir pour lire un livre est presque devenu un acte de déviance. Limite, si on ne s'entend pas dire « tu n'as pas mieux à faire ?». 

Pourquoi le livre résistera et vaincra

Tout simplement parce que la roue tourne. Le livre a été annoncé mort si souvent, la jeunesse a toujours été attirée par la nouveauté, mais les livres resteront toujours la valeur de base, une sorte de valeur refuge comme l'or peut l'être pour les investisseurs sur les marchés financiers. Évidemment, on nous dira qu’aujourd’hui, des films ne sortent que sur le net, alors qu'il pourrait en être de même pour les livres. Mais si aujourd'hui on fait tout sur le Net, de ses courses à ses paris en lignes, La problématique est différente. Hollywood ne paye que pour des films de super-héros et commence à se faire tancer par les plus grands réalisateurs. Pour un livre l'investissement est moindre et un auteur à succès est rentable. Le livre est un objet et un des rares à ne pas avoir subi le « piratage » de masse.

On voit mal un écrivain refuser d'être dans la Pléaide. Quand on dit "écrire un livre", on pense évidemment à l'objet.  Le lien entre l'objet et son contenu semble inaliénable.  Pourtant, les liseuses ont vraiment effrayé le monde de la littérature. La liseuse  a des vantages et des incovénients, mais c'est autre experience – pour les écrivains, c’était comme si vous alliez expliquer à Kubrik que 2001 l’odyssée serait regardé sur des écrans de téléphones portables. Finalement, les livres numériques sont un complément du livre papier, mais la durabilité et l'indépendance sont clairement pour le papier.  L'idée du partage d'un bouquin ou d'un fichier…

Si le livre périt, c'est à cause des lecteurs, mais là aussi la réaction au virtuel et aux écrans font du livre un refuge…